Pourquoi se priver des docteurs ?

Interviewée en décembre 2007 par le magazine Docteurs&Co dans le cadre d’un hors série réalisé en partenariat avec le MEDEF, Laurence Parisot posait franchement la question et y répondait sans détour.

24 juin 2010
Le doctorat est un standard international, va-t-il devenir une référence nationale ?
Le doctorat est le fleuron des universités les plus prestigieuses et les mieux classées dans le palmarès de Shanghai. L’harmonisation européenne de l’organisation des études supérieures (LMD) renforce également la notoriété du doctorat. Mais pour que cette formation devienne pleinement un standard en France, il faut que son contenu et ses atouts soient plus visibles, ce qui implique une meilleure coopération entre les doctorants et les écoles doctorales d’une part, et le monde de l’entreprise d’autre part. Le doctorat mérite de sortir de l’anonymat social. Je constate en effet que de nombreux entrepreneurs et managers ont bénéficié d’une formation doctorale d’excellence sans avoir le réflexe ou la fierté de s’en réclamer. Ils ont tort, car leurs parcours exemplaires doivent beaucoup à cette première expérience professionnelle que représente la thèse.

Les jeunes chercheurs sont parfois réticents à rejoindre le secteur privé, mais les entreprises sont-elles assez accueillantes ?
Il faut que les doctorants apprennent à mieux connaître la vie de l’entreprise, ses défis et ses conditions de succès et ils en sont capables ! L’entreprise apprécie de plus en plus, non seulement les compétences scientifiques des docteurs, mais aussi leurs capacités à créer de nouvelles solutions. Dans l’économie de la connaissance, reproduire ou améliorer ne constitue plus un modèle de développement suffisant. Imaginer le futur, gérer des ruptures, maîtriser la complexité et l’incertitude, augmenter de manière constructive l’entropie des systèmes, repenser les fondamentaux, voilà ce que les docteurs peuvent apporter à l’entreprise. Un exemple : le Grenelle de l’environnement a révélé quantité d’innovations pour réussir notre croissance durable. S’ils souhaitent s’orienter vers les métiers de l’innovation, de belles carrières s’offrent aux jeunes docteurs dans l’entreprise, du groupe international à la PME innovante.

Y a-t-il des docteurs dans vos propres équipes ?
Le MEDEF comprend parmi ses membres et mandataires de nombreux titulaires d’un doctorat et pas seulement dans la commission recherche-innovation. C’est le cas, par exemple, de Hugues-Arnaud Mayer, président du réseau des MEDEF territoriaux, PDG d’une PME à la pointe de l’innovation dans le secteur des fibres textiles de santé. La présence de docteurs dans une équipe c’est l’assurance de pouvoir s’appuyer sur de talentueux pionniers de l’innovation. Nous avons besoin de ces profils pour développer une économie de l’offre et
gagner ainsi la bataille de la croissance.

Valérie Pécresse vient d’annoncer la création d’un nouveau dispositif de «doctorants-conseil». Qu’en pensez-vous ?
C’est une excellente initiative. Le Medef Gironde était déjà associé aux premières expériences menées à Bordeaux et je me réjouis que cette expérimentation soit confortée et s’élargisse. Près de 400 des
500postes offerts pour l’année 2007-2008 auraient déjà été attribués, deux mois seulement après le lancement. Le MEDEF soutient ce dispositif qui permet aux doctorants de découvrir l’entreprise et aux PME d’accéder à des expertises doctorales, en matière notamment de veille, d’organisation ou de conseil scientifique. Cette
nouvelle passerelle entre les entreprises et l’université est un outil de professionnalisation au même titre que les conventions CIFRE. Elle est aussi une formidable opportunité pour développer la notoriété des écoles doctorales et la reconnaissance des docteurs dans l’entreprise, à l’instar du rôle qu’ont pu jouer les juniors entreprises dans le rayonnement des grandes écoles.

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