La pénurie de jeunes ingénieurs s’amplifie

Il sort d’une école bien cotée, a déjà entre deux et cinq ans d’expérience et parle l’anglais couramment… c’est le portrait-robot de l’ingénieur le plus convoité en France. Suffisamment expérimenté pour être opérationnel en peu de temps sans coûter encore trop cher à l’employeur. «Dans l’industrie, les recrutements ont repris, mais tout le monde recherche les mêmes: des ingénieurs armés d’une première expérience probante , constate Bern Terrel, directeur industrie, R&D et ingénierie chez Hudson. Du coup, les entreprises ont du mal à en trouver et évoquent une pénurie.» Un phénomène qui s’explique également par le gel des embauches durant la crise. «Pendant deux ans, les groupes ont levé le pied sur les jeunes diplômés, si bien qu’aujourd’hui les ingénieurs un peu expérimentés se font plus rares», précise Laurent Hürstel, directeur associé chez Robert Walters.

Ces ingénieurs à peine trentenaires, de nombreux secteurs de l’industrie se les arrachent. Aéronautique, énergie et équipementiers automobiles, qui redémarrent, en réclament à nouveau. Les demandes portent sur les métiers classiques (ingénieurs méthode, R&D ou bureau d’études) mais aussi sur tous les postes liés à la réduction des coûts. Avec la flambée des matières premières, les équipes d’acheteurs se renforcent. Des ingénieurs sont aussi affectés à l’optimisation de la chaîne logis­tique et à la maintenance. On recrute aussi des experts en «Lean Management», chargés d’améliorer la productivité dans les usines. «Ces métiers ne sont devenus stratégiques que récemment, affirme Nicolas Blanchet, consultant principal chez Hays. Les profils de trois ans d’expérience au moins, les plus convoités par les entreprises, sont donc relativement rares.»

Dans les nouvelles technologies, les entreprises du secteur envisagent de recruter 31.000 cadres au moins en 2011 mais «continueront à privilégier l’expérience», selon le dernier baromètre Apec-Syntec numérique. 42% des embauches vont concerner des candidats ayant de un à cinq ans d’expérience. «Un informaticien spécialisé dans un langage en vogue comme Java JEE ou dot Net aura le choix entre plusieurs propositions de jobs, indique Anthony Collins, directeur adjoint chez Hays. Des offres émanant de SSII mais aussi d’entreprises de tous secteurs, notamment dans l’e-commerce.»

Tensions sur les rémunérations

Entre les employeurs, la concurrence s’exacerbe pour attirer ces ingénieurs un peu expérimentés. Résultat prévisible, leurs salaires à l’embauche repartent à la hausse, notamment dans les SSII. «Il y a effectivement une tension sur les rémunérations de ces profils en particulier, reconnaît-on chez Logica (1200 postes à pourvoir d’ici à fin 2011). Par rapport à 2009, elles ont augmenté chez nous de 5%.»

Si la pénurie existe bien pour des ingénieurs «confirmés mais pas trop», elle est moins évidente pour les jeunes diplômés. Certes, certains domaines restent très friands en débutants. Dans l’informatique (SSII, éditeurs de logiciels), ils devraient représenter 28% des embauches en 2011 (Apec-Syntec informatique). Par ailleurs, sur les 24.000 recrutements effectués par les entreprises d’ingénierie en 2010, 8000 étaient des premiers jobs, selon le Syntec ingénierie.

Mais les jeunes diplômés auront aussi intérêt à cibler les PME et entreprises de taille intermédiaire (ETI) de l’industrie. C’est là qu’on trouve «une part significative des emplois techniques, accessibles aux ingénieurs débutants, assure Philippe Bouquet, PDG d’Atos, une société d’électronique de 500 personnes. Les groupes font maintenant de la gestion et de l’assemblage de projet ; de moins en moins du développement et de la R & D, des métiers qui se sont déplacés vers les PME ou les ETI innovantes».

Sources : LE FIGARO, par Bruno ASKENAZI

http://www.lefigaro.fr/emploi/2011/05/08/09005-20110508ARTFIG00272-la-penurie-de-jeunes-ingenieurs-s-amplifie.php